« Montessori à la lumière des découvertes scientifiques actuelles »

By avril 4, 2018 février 6th, 2019 neurosciences
Solange Denervaud, doctorante en Neuroscience à l'Université de Genève, ancienne enseignante Montessori, diplômée AMI.

Tel était l’intitulé de la conférence donnée par Public Montessori réunissant plus de 250 personnes à la Sorbonne Nouvelle le samedi 31 mars dernier. Les recherches en neurosciences encouragent de plus en plus de personnes à se tourner vers l’approche Montessori.  Solange Denervaud est une ancienne éducatrice Montessori formée par l’AMI et actuellement doctorante en neuroscience affective. Elle nous a démontré comment l’approche Montessori répondait aux besoins en développement de l’enfant selon les récentes recherches. Je décris les points qui m’ont paru essentiels au regard de l’éducation. La plupart des liens sont en anglais, les recherches les plus avancées se passant aux Etats-Unis.

Solange Denervaud, doctorante en Neuroscience à l'Université de Genève, ancienne enseignante Montessori, diplômée AMI.

La construction du cerveau et l’esprit absorbant

Le cerveau se construit pendant les premières années de part des facteurs génétiques et (surtout) par les interactions avec l’environnement. Lorsque Maria Montessori a parlé de l’esprit absorbant de l’enfant elle parle en fait des connexions synaptiques que l’enfant développe en interagissant avec son environnement. D’abord à un niveau sensoriel puis cela va se passer au niveau des fonctions cognitives supérieures : avec le langage, nous devenons capables d’organiser nos idées. En effet Maria Montessori différencie l’apprentissage sensoriel qui démarre à la naissance (ou avant) de l’apprentissage conscient fait par l’enfant avec son environnement. Celui-ci se met en place autour de 2-3 ans en même temps qu’apparait le langage.

C’est le développement du cortex préfrontal et des fonctions exécutives. Solange Denervaud s’appuie sur le travail d’Adel Diamond  pour les citer : inhibition, flexibilité mentale et lien avec la mémoire de travail. Il a été prouvé que les sports, les instruments de musique et le contexte scolaire influencent sur le bon développement de ces fonctions exécutives. Montessori aurait proposé le bon environnement social pour se faire. En effet, les dernières recherches en neurosciences ont montré que dans un système Montessori le développement globale de l’enfant (créativité, bien être, fonction executives et résultats académiques) est beaucoup plus équilibré…

Comment est-ce que l’approche Montessori favorise le développement des fonctions cognitives?

De 3 à 16 ans les motivations sociales pour apprendre vont être clés dans le développement de ces fonctions exécutives. Pourquoi est-ce que cela serait favorisé dans les écoles Montessori? il faut se pencher sur les mécanismes de l’attention et sur le phénomène de concentration qui y est très fort.

Après quelques exercises pratiques qui démontrent notre tendance à surestimer nos capacités d’attention et donc celles des autres (les enfants compris bien sûr ), on commence sérieusement à réévaluer nos capacités à faire plus d’une chose à la fois. En effet, cela veut bien dire que l’on ne peut porter notre attention uniquement sur ce quoi nous nous concentrons. En surchargeant l’attention nous ne pouvons pas bien traiter les informations.

Hors, ne présenter qu’une seule nouvelle difficulté à la fois est l’un des principes qui régit le passage d’une activité à l’autre dans un environnement Montessori. Les activités Montessori requièrent de l’attention ce qui permet aux enfants d’entrainer cette dernière et de développer leur volonté avec des exercices comme « Marcher sur la ligne » et le « Jeu du silence ». Il faut aussi ressourcer nos capacités d’attention. Hors apprendre à son rythme permet de faire des pauses pour intégrer ce que le cerveau a appris et donc de ressourcer ses capacités d’attention. Enfin, on se concentre mieux lorsque la motivation en engagée et c’est ce que permet « le libre choix » de l’approche Montessori. C’est en dirigeant notre attention que l’on favorise la concentration.

Les impacts sur la créativité et la construction de l’intelligence

Qu’en est-il de la créativité? selon Roger Beaty, plus on a de moments ou on ne fait rien, plus on sera capable de créer, d’innover et d’être joyeux! Pour apprendre à apprendre il faut du temps. Lorsque l’enfant a du temps, il ne fait plus d’erreur. La démonstration par ici.

Il semblerait que les différences les plus frappantes entre élèves issus des écoles traditionnelles et élèves issus d’une école Montessori se mesurent après 8 ans. Et les adolescents issus d’environnements Montessori auraient une toute autre façon de répondre aux problèmes.  Ils utilisent un processus de réponses réfléchies pour résoudre un problème. Ils ont été entrainés à penser de façon plus flexible et créative. Cela serait également lié au fait que l’approche Montessori propose un materiel auto correctif qui offre un retour d’information immédiat. Ceci permet à l’enfant de donner de la valeur à ce qu’il vient de faire  (à contrario des notes qui reviennent 3 semaines après… ). Ce retour d’experience immédiat procure à l’enfant l’envie de se dépasser et développe  son intelligence.

Il a ainsi été prouvé qu’au delà de 8 ans, face à une difficulté, un enfant du système traditionnel commence à ralentir beaucoup plus qu’un enfant issu d’une école Montessori. Et parce que l’enfant a jugé qu’il n’avait pas le droit de faire des erreurs il va ralentir encore plus: plus l’enfant est anxieux, plus il va ralentir. Plus la personne ralentit, moins elle est créative et donc moins elle va pouvoir trouver des solutions pour s’auto corriger.

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